Presse et commentaires

Presse et commentaires

Le trait court, rapide et précis, va s’emparer de tout le support.

De son savant coup de plume, André Dael prendra le temps qu’il faudra afin d’élaborer cette merveille d’équilibre fixée entre la blancheur du papier vierge et l’encre noire encore insondable.

Au premier regard, le papier semble rempli de toiles d’araignées. André Dael a tissé minutieusement sa toile .

Au milieu des ces accumulations de lignes, souvent, des réserves, des zones “blanches“ distillent la respiration nécessaire à l’ensemble de la composition.

L’air circulera mieux. C’est un air bien frais. Un air rassurant qui stimule l’appréhension .

Tout ça est bien posé.

Et voilà, que le paysage apparaît enfin...

Vaporeux ! Flottant ! Éthéré ! Unique !


L’oeuvre est parfaitement maîtrisée . Le travail se fait lentement et avec beaucoup d’intelligence.

Ici, on ne se moque pas du monde.

André Dael nous offre un vrai voyage.

Nous parcourons d’étranges chemins à travers les plaines et les bois .

Nous contemplons des montagnes riches d’une multitude de strates.

Toutes ces strates, toutes ces superpositions de traits, ce sont les mémoires d’André Dael. La tradition des paysages flamands est là, toute entière.

Dael connaît bien la peinture ancienne et surtout celle des Flandres.


Lorsqu’on s'approche, le papier semble envahi d’une écriture cursive à la signification mystérieuse. On pense alors aux écritures de Michaux. On pense à certains artistes de l’art brut qui griffonnaient des feuilles tout entières pour donner vie à leurs désirs .

Les feuilles pleines de signes peuvent, également, évoquer les remplissages d’une Vieira Da Silva. On peut penser aussi aux répétitions chiffrées et temporelles de Roman Opalka...


Certains connaisseurs, en regardant toutes ces lignes arachnéennes penseront aux bobines de fils et aux ficelles contemporaines de l’argentin Tomas Saraceno ou à celles de la japonaise Chiharu Shiota .

Mais avec André Dael, pas de gigantisme , pas d’installation monumentale et sensationnelle, pas de “amazing” sur Instagram ...

Non, ici, c’est du petit papier , tout simplement , des petites feuilles de papier bien remplies qui font un peu penser à celles d’un Rembrandt ou d’un Dürer et plus près de nous d’un Bresdin. Ce n’est pas si mal ...


Alors, il faut faire l’effort de regarder le petit, le discret.

Et de ce minuscule trait, prend forme un univers tout entier.

Magnitudo Parvi !


L’œuvre de André Dael est rare.


Je suis très fier de montrer pour la première fois ce magnifique travail. Une dizaine de dessins sont accrochés dans une petite salle voûtée de la Maison Euzéby.


C’est à Russan, près de Nîmes, près d’Uzès, à 30 km d’Arles en auto ...

C’est gratuit et c’est ouvert du jeudi au dimanche jusqu’à la fin août .


© Lilian Euzéby (à l'occasion de l'exposition estivale qu'il organise chaque année, depuis 14 ans, dans sa maison-atelier des Gorges du Gardon)

Compositions imaginaires réalisées avec la plus grande minutie, les dessins d’André Dael s’apparentent au travail d’un orfèvre. Un travail que l’artiste transfigure par une subtile fragmentation des thèmes et un jeu non moins subtil qui multiplie les points de vue – du plus proche au plus lointain – et s’ingénie à décliner les formats. Même si la figuration est au départ absente du propos et si ces structures s’élaborent petit à petit, au gré d’une inspiration avant tout linéaire et scripturale, on ne peut s’empêcher d’y voir naître une forme de paysage, un univers aux connotations organiques, voire l’un de ces délicats fragments de nature que révèle la contemplation de certains tableaux des Primitifs flamands. Fruits d’un dialogue intime avec le papier, les paysages intérieurs d’André Dael prennent vie et s’épanouissent dans la profondeur d’une vision résolument poétique, quasi matiériste, ponctuée d’éblouissements de lumière.

                                                                                                                                     

Didier Paternoster.



La ligne


jusqu'à l'extrémité

jusqu'à sans fin

jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus


vive lumière

à la jointure des cadres

comme issue et hors d'eux


blancheur d'astre

ou d'épaisse trouée


sans arrêt

la main poursuit le geste

la ligne

jusqu'au-delà


G. Martens, 1/2016 - d'après un tableau d'André Dael de la série "Maillage"

Lire n’est pas cette opération, quasi automatique, par laquelle nous condamnerions notre regard à suivre sur une page un fil jusqu’à son bout. Fil qu’il suffirait à notre regard de laisser dérouler placidement pour en saisir tout ce qu’il tisse.

André Dael écrit. Il ne dessine pas, ne peint pas, n’élabore pas une œuvre plastique. A l’encre de chine, dans des « cases » de tailles diverses, il écrit. D’un espace l’autre, en leur sein ou en débordant, se devinent des reliefs, des forêts, des eaux, des villes, des êtres parfois. Il arrive que les cases se brisent, que des halos en sourdent.

Que signifie porter un regard ? Qu’est ce qui en rompt la linéarité ? Quels rapports entretiennent tout et parties ? Qu’est-ce que lire ?

André Dael écrit, et nous le lisons. Et son écriture, comme seules celles qui vaillent, interroge notre lecture. Et nous invite subtilement à l’affiner et à en renouveler le sens.



Emmanuel Requette


Ancrée dans le dessin, la pratique de l’artiste belge André Dael (1951-) oscille entre abstraction et figuration et interroge notre perception du réel. Improvisation et rigueur caractérisent sa démarche. Ses hachures à l’encre de Chine d’une finesse arachnéenne envahissent la page et se déclinent en un camaïeu de gris parfois légèrement rehaussé d’un voile de couleur. Au fil des traits, avec une extrême minutie, des heures durant, il trace sur papier, à l’intuition, un entrelacs de lignes aux contrastes subtils dont il module l’intensité et la luminosité pour faire émerger des paysages et des territoires imaginaires. L’oeil se promène librement, tâtonne et décèle des éléments topographiques (horizons, sentiers, rangées d’arbres…) qui semblent figés dans un état intermédiaire, comme s’ils étaient sur le point de surgir ou de s’effacer… La problématique du temps mais aussi les allers-retours entre l’infiniment petit et l’infiniment grand traversent son oeuvre. Il s’approprie le conseil qu’Ingres prodigua en son temps à Degas: “faites des lignes, jeune homme, beaucoup de lignes, d’après nature et de mémoire.”



‘D’un versant l’autre’, André Dael - Nicolas Wolkenar, Galerie Albert Dumont, 43 rue Léon Lepage, B-1000, Bruxelles, Belgique.
Jusqu'au 8 novembre 2020.



Copyright © 2020, Zoé Schreiber

CARNET 28 JANVIER


Osselets d’un paysage

sous la clarté

d’une nuit fine


les vertèbres du chemin

ses rochers et détours

répètent la mélancolie


le voyageur égaré

suit le fil mince

d’une partition intime

 

il  contemple

les constellations ocellées 

à l’arrière de la nuit


la solitude de ses pas

n’est pas hostile

elle rejoint l’origine de sa vie


Serge Meurant

Traits après traits d'un noir d'encre, il vagabonde en train de tracer sans repentir ni intention, en terre inconnue et imprévisible, des territoires hors de prise.

Traces d'être, maintenant, libre.


Y., après la discussion du 8/12/2017 avec A. Dael

Quel plaisir, en prenant le temps de se laisser gagner par votre dessin, de voir progressivement les espaces se creuser, les plans s'articuler, les points de lumière scintiller ou s'éteindre, les densités s'alourdir ou s'alléger, les cheminements s'ouvrir et s'éclairer ,une discrète dynamique de frôlements bruisser à travers la trame des traits comme à travers une toile de jute un peu froissée, étirée par endroits, tassée à d'autres, modelée aussi par des nuances de gris-bleus-verts qui suggèrent dans le blanc des nuances de rose.


Et cela sans que l'identification de telle constellation de traits comme une haie (ou de telle autre comme un arbre) ne vienne détruire l'unité de l'ensemble et le fasse tomber dans une description pittoresque.


Ce déploiement progressif des plans d'un espace, que le spectateur saisit pourtant, à première vue, comme une paroi compacte, j'en ai pris conscience en regardant les paysages de Cézanne et de De Stael.



François Didier


Hommage à André Dael !


Cela fait plus de cinquante ans que ce peintre/dessinateur/illustrateur, natif de Polleur (Verviers) contribue de façon originale aux développements conceptuels des arts graphiques en Belgique et à l’étranger ! 


Dès la fin des années ‘60, il s’oriente vers le travail sur papier, avec de nombreuses expositions à la clé ! Ses premières œuvres subissent l’influence de l’illustrateur britannique Aubrey Beardsley ou d’un Georges Braque avec l’introduction de lettres au pochoir, l’usage de faux objets redessinés.


Il y a aussi une influence de Robert Rauschenberg avec l’intégration de photographies, ou l’incorporation de morceaux de papier journal.

Résultat : un « portrait de Georges Thiry » qui explore l’espace en mosaïque, l’évocation du voleur de la Joconde, dont le titre est « Mona Lisa / Vincenze Perruggia », « Bah-Bôh-Cut 7 » avec une exploration de la déconstruction spatiale tandis que « Burnt Pieces » illustre une destruction interpellante d’un objet dans l’espace/temps !


Il existe enfin une familiarité artistique avec Steve Reich (un des pionniers de la musique minimaliste) avec des rythmes répétitifs, organiques, liés à la nature et aux paysages avec des recherches sur la réduction du rapport de volumes, l’exposition multiple via des mosaïques d’un thème subtilement décliné.


Après une longue interruption dans sa carrière, il va, à partir de 2008, se recentré sur le travail à la plume pour des séries traitant essentiellement de paysages découpés en fragments... et l’importance accordée au monochromatisme « dont le but est de réduire la peinture à sa nature essentielle et ainsi, amener la possibilité d'une expérience pure » !

De tout cela va naître un style original basé sur l’usage d’un tiret approximatif comme symbole primaire de l’expression ! Les représentations nous plongent dans l’organique du minéral et du végétal ... il y a là l’expression de forces révélées comme si l’ensemble était constitué de matériaux ferromagnétiques et travaillé par un aimant géant ! Dans ce cas présent, les atomes (tirets) sont orientés dans leurs moments magnétiques, parallèlement et dans le sens imprimé par l’artiste.


C’est un travail minutieux, ardu, ... que l’on pourrait rapprocher d’une technologie de compression d’images intitulée « fractale » et qui repose sur la détection et la structuration de la récurrence de motifs, qui tend à éliminer la redondance d’informations dans l'image pour en garder l’essentiel. C’est ultimement un objet mathématique qui représente une structure similaire à toutes les échelles. C'est un objet géométrique « infiniment morcelé » dont des détails sont observables à une échelle arbitrairement choisie (du microcosme au macrocosme et vice versa).


Une compression fractale réalise des partitionnements : une segmentation de figures «Sources» et une segmentation de figures «Destinations». Il s'agit alors de trouver pour chaque Noeud, quel est le meilleur couple (figure source, figure destination). Une fois que tous les couples ont été explicités, le document final expose les différentes transformations effectuées (abstraction, réduction de volume, dimension temps/espace, ...) offrant au spectateur une multiplicité de parcours de lecture !


André Dael serait donc le moteur d’une forme d’Art que nous pourrions sans vergogne intituler « Art Fractal » !


C’est donc au spectateur qu’il revient d’interagir, de se propulser dans ce qui constitue une esquisse d’un « réel imaginaire » déstructuré ! Certaines œuvres pourraient servir d’illustration à des descriptions de la première guerre mondiale, tant les décors semblent hallucinés, décharnés, ... le caractère noir et blanc offrant une dimension supplémentaire au côté cauchemardesque ! D’autres offrent via de multiples vecteurs des ballades interactives dans des espaces infinis, jusqu’à la moelle de l’encre ...


Roger Roberts